lundi 11 septembre 2017

Pourquoi la crise de cette époque trouble persiste—t-elle en ces temps bouleversés dans un contexte général incertain ?

Quand je suis né, c’était la crise. Une histoire de pétrole. Un truc vraiment grave qui poussait même les gens à ne plus prendre leur voiture le dimanche. Puis j’ai grandi, et là, c’était la crise aussi. On allait peut-être connaître la guerre nucléaire. Le monde était « incertain ». Quand j’ai commencé à m’approcher des études supérieures, puis du marché de l’emploi, on m’a dit que ça allait être très dur de trouver un job, « à cause de la crise ». Les experts l'affirmaient dans les médias : « La société connaît une mutation sans précédent avec, pour beaucoup, une perte de repères qui ne permet plus d’envisager le futur sereinement ». Puis, j’ai commencé à travailler et là, boum ! Les tours du World Trade Center se sont effondrées et on est entré dans un « monde en crise » où « plus rien ne serait jamais comme avant ». Les Etats-Unis et l’occident allaient sombrer. Quelques années plus tard, ce fut la grande crise bancaire. Tout le système allait tomber en miettes. Le monde allait être "secoué comme jamais" et "tous les équilibres en seraient bouleversés". C’était il y a dix ans déjà. Ce matin, j’ai allumé la radio et j’ai entendu un journaliste qui parlait d’un beau projet lancé par des jeunes. Je ne sais pas de quoi il s’agissait exactement mais il a dit plusieurs fois « malgré la crise » en terminant par cette phrase inquiétante : « On verra si cette initiative n’est pas un peu utopique, étant donné le contexte mondial incertain. » Alors voilà, je pense avoir atteint l’âge où on peut commencer à partager une petite expérience de vie. Si vous entendez un jour quelqu’un vous dire de ne pas entreprendre, de ne pas réaliser un rêve, de ne pas vous réjouir d’un succès, « à cause de la crise », « dans cette époque trouble », « par ces temps bouleversés » ou « vu le contexte incertain », dites-lui de ma part d’aller se faire foutre.