vendredi 25 août 2017

Peut-on être socialiste sans avoir grandi dans la pauvreté ?

C'est la grande question qui agite les cadres du parti socialiste belge, après les sorties médiatiques récentes d'Elio Di Rupo et de Paul Magnette. On connaît l'histoire fondatrice de la marque "Elio" depuis longtemps: né dans une valise au fond d'une mine de charbon, partageant chaque soir un sachet de pâtes crues avec ses quatorze frères et sœurs, l'élu finira docteur en chimie avant d'entamer une carrière politique brillante dans le marketing au service des plus démunis. Pour Paul Magnette, c'est plus compliqué car il l'admet aujourd'hui dans une interview: ses parents avaient du pognon. Mais, précise-t-il aussitôt, ils ont forgé son engagement en "choisissant de vivre dans des quartiers hyperpopulaires, dans de petites maisons de coron, dans un milieu très multiculturel". Cette immersion s'est poursuivie à l'école "où la moitié des enfants de la classe était d'origine turque ou marocaine, en première primaire à Roux". Quel sacrifice! On ne voit pas bien ce que les roux viennent faire là-dedans mais il faut reconnaître l'expérience du futur président du PS en matière de petites gens. Toutefois, la vraie question, c'est pourquoi l'enfance est tellement importante dans ce parti et pas dans les autres? C'est vrai, on n'a jamais entendu un MR se vanter d'avoir eu une enfance dorée, pleine de succès: "Mon père était multi-propriétaire et dirigeait trois entreprises. Quand j'était petit, nous regardions les cours de bourse sur un écran géant, en taquinant le personnel de maison." On n'a jamais vu non plus de représentant écologiste se vanter d'être né près d'une centrale nucléaire:"Maman avait trois bras mais une seule oreille, ce qui était pratique pour le ménage mais posait parfois des problèmes de communication lorsqu'elle nous apprenait à faire pousser des légumes dans un bac à fleurs de la place Flagey". Quant aux membres du Cdh, on n'imagine même pas la vacuité de leur récit fondateur:"Je suis né dans une famille. C'est pour ça que c'est important, la famille. Mes parents étaient mariés. Ils étaient humains. J'aime les humains". Quant à moi, je ne pourrai jamais faire de politique, mes parents faisaient partie de la classe moyenne et, comme la plupart des Belges à l'époque, ils n'étaient ni riches ni pauvres. Quand je suis né, ils n'avaient jamais entendu parler d'Ecolo. Et Dieu les a rappelé à lui avant qu'ils aient eu l'occasion de me dire s'il existait vraiment.