samedi 6 janvier 2018

15 mesures simples pour changer Bruxelles

  1. Ne pas transformer les arrêts de tram en terrasses de café enfumées, laisser les usagers s'y asseoir sans devoir cesser de respirer
  2. Utiliser le klaxon uniquement pour avertir d'un danger (c'est sa fonction d'origine), pas pour insulter quelqu'un dans les embouteillages ni pour dire au revoir à des amis à deux heures du matin
  3. Ne pas cracher par terre ou alors discrètement, sans racler le fond de sa gorge de façon trop sonore
  4. Laisser les gens sortir du tram avant d'y monter, ne pas venir placer sa voiture devant les portes ouvertes à l'arrêt
  5. Ne pas laisser le moteur de sa voiture allumé à l'arrêt ni utiliser son véhicule comme une boîte de nuit mobile
  6. Ne pas jouer « Despacito » au violon dans le tram. Pour les autres morceaux pré-enregistrés comme "Besa me mucho", éviter de mettre le volume sur 12.
  7. Ne pas frapper les cyclistes qui empruntent le trottoir. Ils n'ont peut-être pas le choix et essaient simplement de survivre.
  8. Pour les adeptes du « street art », éviter les dessins trop abstraits et employer de préférence plusieurs couleurs.
  9. Jeter ses mégots dans la poubelle en les éteignant préalablement sur le bord métallique. Si, si, c'est possible.
  10. Gérer les productions personnelles de votre chien de la même façon que dans un salon ou une salle à manger.
  11. Ne pas faire demi-tour en voiture à l'endroit même où vous en avez eu l'idée. En général, prendre la première à droite, puis à droite, puis à droite, puis à gauche produit exactement le même résultat, sans bloquer tout le quartier.
  12. Pour les commerçants, éviter de commencer une conversation avec un client par « Ouais, c'est pour quoi ? ». Pour les clients, éviter de demander l'impossible quand le personnel est réduit.
  13. Ne pas frapper sur le bus qui part sans vous. Il a probablement ses raisons et de toute façon, les bus ne ressentent pas la douleur.
  14. Entamer toute interaction humaine par un « bonjour », idéalement accompagné d'un sourire.
  15. Parler aux inconnus, la plupart d'entre eux cherchent le bonheur en ville.



samedi 16 décembre 2017

Bruxelles, putain!

Je reprends la plume sans doute au moment où on a définitivement touché le fond en politique bruxelloise, avec cette polémique surprenante: peut-on comparer Bruxelles à une prostituée quand on est ministre? Tout d'abord, je tiens à faire une précision: loin de moi l'idée de récupérer ce mini-scandale pour en faire un billet humoristique facile et y balancer tous les jeux de mots un peu salaces ou de mauvais goût qu'on peut lire en ce moment sur les réseaux sociaux autour du thème de la prostitution en général. Après tout, c'est déjà assez le bordel comme ça. Non, ce qui m'intéresse plus particulièrement, ce sont les réactions suite à cette maladresse politique. Beaucoup d'observateurs ont pointé du doigt le manque de respect envers les travailleuses du sexe. C'est vrai qu'il y a des limites à ne pas dépasser. On peut être pour ou contre la prostitution, avoir son avis personnel sur la question, mais comparer ces femmes à une ville aussi mal gérée, sale et embouteillée que Bruxelles, c'est totalement méprisant, aucun être humain ne mérite cela! D'autres réactions font allusion à une possible dégradation de l'image de Bruxelles au niveau international. Là, je tiens à être rassurant: non, même avec les mots les plus cruels, il n'est pas possible de dégrader davantage l'image de Bruxelles -les terroristes eux-mêmes n'y arrivent plus. Mais c'est vrai que c'est sidérant qu'un ministre fasse une telle déclaration, surtout quand on sait que - détail cocasse - il est lui-même en charge des "transports publics". J'ai même cru un instant qu'il s'agissait d'une annonce déguisée, faisant référence au fait que les navetteurs devraient bientôt payer pour entrer dans la capitale. Rien de tout cela. Pas de projet particulier derrière cette bévue. Bruxelles va rester comme on l'aime: "Une vieille pute, ouverte aussi comme une vieille pute, une ville qui a l'odeur de la merde, mais une bonne merde" comme la décrivait si bien le chanteur Arno, bien avant qu'il ne soit élu "citoyen d'honneur de la Ville" en 2017.


lundi 11 septembre 2017

Pourquoi la crise de cette époque trouble persiste—t-elle en ces temps bouleversés dans un contexte général incertain ?

Quand je suis né, c’était la crise. Une histoire de pétrole. Un truc vraiment grave qui poussait même les gens à ne plus prendre leur voiture le dimanche. Puis j’ai grandi, et là, c’était la crise aussi. On allait peut-être connaître la guerre nucléaire. Le monde était « incertain ». Quand j’ai commencé à m’approcher des études supérieures, puis du marché de l’emploi, on m’a dit que ça allait être très dur de trouver un job, « à cause de la crise ». Les experts l'affirmaient dans les médias : « La société connaît une mutation sans précédent avec, pour beaucoup, une perte de repères qui ne permet plus d’envisager le futur sereinement ». Puis, j’ai commencé à travailler et là, boum ! Les tours du World Trade Center se sont effondrées et on est entré dans un « monde en crise » où « plus rien ne serait jamais comme avant ». Les Etats-Unis et l’occident allaient sombrer. Quelques années plus tard, ce fut la grande crise bancaire. Tout le système allait tomber en miettes. Le monde allait être "secoué comme jamais" et "tous les équilibres en seraient bouleversés". C’était il y a dix ans déjà. Ce matin, j’ai allumé la radio et j’ai entendu un journaliste qui parlait d’un beau projet lancé par des jeunes. Je ne sais pas de quoi il s’agissait exactement mais il a dit plusieurs fois « malgré la crise » en terminant par cette phrase inquiétante : « On verra si cette initiative n’est pas un peu utopique, étant donné le contexte mondial incertain. » Alors voilà, je pense avoir atteint l’âge où on peut commencer à partager une petite expérience de vie. Si vous entendez un jour quelqu’un vous dire de ne pas entreprendre, de ne pas réaliser un rêve, de ne pas vous réjouir d’un succès, « à cause de la crise », « dans cette époque trouble », « par ces temps bouleversés » ou « vu le contexte incertain », dites-lui de ma part d’aller se faire foutre.


dimanche 10 septembre 2017

Darwin se dévoile:"Oui, c'est bien moi qui ai inspiré la politique de mobilité à Bruxelles"

A l'approche de la semaine de la mobilité, beaucoup de citoyens s'interrogent sur la situation à Bruxelles. Dans un entretien exclusif, Charles Darwin fait quelques révélations étonnantes et nous explique comment on en est arrivé là.
- Monsieur Darwin, d'où vient tout ce bordel?
- Eh bien, comme vous le savez, j'ai développé une théorie sur l'évolution des espèces basée sur le principe de la sélection naturelle. Quand les autorités bruxelloises m'ont contacté pour de la consultance, j'ai tout de suite pensé que la mobilité à Bruxelles pouvait être un formidable laboratoire.
- Cette situation serait donc voulue et planifiée?
- Absolument. L'idée est très simple: on sait qu'il n'y aura pas de place pour tous les moyens de transport dans la capitale. On a donc décidé d'organiser la jungle, pour voir qui survivra.
- Mais concrètement, comment est-ce que vous opérez?
- Par exemple, nous mettons souvent des pistes cyclables au milieu des voies de tram, également utilisées par les voitures. Le but est clair: si le cycliste n'est pas habile, les chances de se prendre le rail puis de se faire écraser par une camionnette ou broyer par un T3000 sont plus élevées.
- Vous visez les usagers faibles?
- Pas seulement. En réalité, quel que soit le mode de transport choisi, tout est fait pour que vous soyez dans la merde. On réduit l'espace pour les voitures mais sans prévoir de vraies pistes cyclables et on crée des piétonniers là où personne ne veut aller. Le but est de décourager tout le monde de la même façon afin de voir qui va gagner.
- Mais c'est irresponsable. Il y aura encore des morts!
- Bien sûr! La mort, vous savez, ce n'est jamais que laisser sa place à quelque chose de plus résistant. Le nombre de décès par accident à Bruxelles est en hausse et de plus en plus d'automobilistes entrent en dépression. Nous sommes sur la bonne voie.
- Et qui va gagner à la fin selon vous?
- Je pense que le piéton est sans doute celui qui a le plus de chance de triompher. Mais nous sommes vigilants, quand il y a des travaux sur le trottoir, on s'arrange pour le dévier sur la chaussée pour qu'il sorte de sa zone de confort.
- Quand est-ce que tout cela va s'arrêter?
- Nous ne sommes qu'au début d'une lutte sans merci. Et vous n'avez encore rien vu, nous venons à peine de déployer notre programme "Effondrement surprise du sol". Bruxelles est une source inépuisable d'emmerdements.





mardi 5 septembre 2017

Désintérêt général

Ce que je n’ai toujours pas compris avec la crise politique francophone, c’est pourquoi le journaliste qui avait repris l’information erronée concernant une déclaration d’un responsable politique qui avait lui-même démenti une sortie faite précédemment par son ex-partenaire de coalition dans laquelle la confiance avait été momentanément rompue malgré un sens des responsabilités partagé quant à la nécessité d’assurer une continuité dans la gouvernance dont tout le monde s’accordait à dire qu’elle devait connaître un sursaut, n’a-t-il jamais posé la question cruciale de la répartition des portefeuilles dans le cadre d’un gouvernement transitoire à compétences transversales lors de l’interview de rentrée d’un des membres éminents des deux gouvernements concernés par les négociations en cours, ce qui aurait dû mener à un bouleversement dans l’organisation du jeu des chaises musicales dont les règles avaient été définies au sein d’une structure de concertation bicommunautaire visant à rassurer les présidents de parti quant à la poursuite des discussions internes devant mener à l’élaboration des listes électorales d’octobre 2018, période durant laquelle il est désormais acquis qu’on reparlera probablement de toutes les questions liées à l’intérêt général et à la vie quotidienne des citoyens, notamment cette fameuse problématique des déjections canines qui, bizarrement, sont surtout présentes dans les rues où aucun responsable politique n’a élu domicile.


jeudi 31 août 2017

La politique belge peut-elle rendre fou ?

C’est la question qu’on se pose après la récente crisette du côté francophone et que nous n’aborderons pas en détail ici, étant donné que vous vous en tamponnez plus que probablement le coquillard, expression désuète qui revient à la mode et signifie en gros que vous n’en avez rien à battre. Pourtant, une étude récente de l’Université du Massachaussettes place la Belgique dans le top du classement des pays où la probabilité de devenir fou en politique est la plus élevée. La multiplication des gouvernements, des ministres et des niveaux de pouvoir, doublée de notre spécificité communautaire, est très largement responsable de cette bonne prestation. La Belgique est, par exemple, le seul pays où les représentants de chaque région affirment que « ça va bien dans leur région » tout en contestant que cela puisse aller bien à l’échelon national qui, territorialement, n’est que la somme des trois régions. C’est aussi un pays où l’on peut être à la fois dans l’opposition et dans la majorité pour une même population, ce qui amène parfois à des situations cocasses où certains élus finissent par critiquer leurs propres décisions en ayant oublié que c’était eux qui les avaient prises. Enfin, dans les cas les plus extrêmes, des ministres oublient carrément qu’ils le sont ou ignorent l’étendue exacte de leur compétence, ce qui est principalement due à la tenue d’interviews radio de plus en plus matinales et à l’âge moyen du personnel politique. Mais ces dernières années, le phénomène s’étend à la presse. Le risque de démence touche également les journalistes qui l’ont été trop longtemps. A force de n’observer que des formations et des chutes de gouvernements, certains ont fini par croire que le journalisme politique consistait à savoir qui gouverne avec qui et non pas ce qu’ils sont en train de faire.


Peut-on parler de la rentrée scolaire quand on n’a pas d’enfant ?

Demain, 1er septembre, c’est la rentrée des classes. Et s’il y a un sujet sur lequel je n’ai absolument rien à dire, c’est bien celui de l’enseignement. La dernière fois que j’ai mis les pieds dans une école, c’était il y a plusieurs décennies et j’ai tout fait depuis lors pour ne plus jamais y être confronté, notamment en évitant soigneusement de me reproduire. Maintenant devrais-je pour autant me taire sur le sujet ? Tous ceux qui n’ont pas d’enfant le savent, c’est impossible d’en parler « parce que toi, tu n’en as pas et tu ne sais pas ce que c’est ». C’est très différent de la cocaïne ou de la prison où on peut avoir un avis sans pour autant jamais y avoir goûté. Et effectivement, si je devais parler de l’école aujourd’hui, je ne pourrais me baser que sur mon expérience personnelle, datant d’il y a trente ans. Je me souviens des bâtiments en mauvais état, des cartables lourds à porter, des classes bruyantes, des toilettes sales, des professeurs souffrant d’une dépression à laquelle nous avions largement contribué, des représentants syndicaux qui donnaient cours « par passion vu leur maigre salaire », des recours qui permettaient aux élèves en échec de réussir quand même, simplement parce qu’ils avaient des parents qui connaissaient bien la législation ou fréquentaient les mêmes barbecues que le directeur ; et puis surtout, je me souviens de cette odeur insoutenable parmi le brouhaha de la salle de gym, faite de T-shirts blancs réutilisés plusieurs fois, de shorts bleu foncé un peu humides et de vieux plinths poussiéreux. Mais c’était il y a trente ans et j’imagine que depuis lors, tout a bien changé.